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Nous exprimons notre soutien à @balancetoncirque, collectif de lutte active contre les abus dans le milieu du cirque.

Aucune forme de violence physique ou psychologique n’a sa place dans le secteur du cirque et notamment dans les espaces d’éducation et d’apprentissage que sont les écoles professionnelles membres de la FEDEC.  

Il est plus qu’urgent d’agir : c’est pourquoi nous donnons la priorité à la #prévention et la réduction des comportements abusifs et des discriminations de genre au sein de notre réseau.  

BALANCE TON CIRQUE

Le collectif #BalanceTonCirque est né le 2 juillet 2021 pour agir contre toute forme de violence physique et psychologique (humiliation, injure, harcèlement moral, abus de pouvoir, discrimination, outrage sexiste…) dans les écoles de cirque. 

La page Instagram @balancetoncirque a été créée pour regrouper des témoignages de victimes, élèves et ancien.ne.s élèves d’école de cirque à l’international. En trois semaines, le collectif a reçu plus de 100 témoignages provenant de sept écoles différentes, ce qui démontre bien que les violences sont un problème structurel ancré dans le fonctionnement des écoles de cirque. Cet appel a vocation à susciter des réactions dans d’autres écoles professionnelles de cirque en France et en Europe.

"Nous dénonçons l’apprentissage sous pression et l’école de la course à la performance. La compétition entre élèves n’est pas une pédagogie. Nous dénonçons le fait que, dans une école supérieure d’art dont le cursus est “dédiée au développement de l’identité d’artiste [des élèves], ainsi qu’à l’expérimentation en piste”, il soit aussi difficile d’affirmer des pratiques, des corps ou des esthétiques qui sortent des canons de la tradition du cirque contemporain. Les discriminations et les outrances répétées de la direction et des professeur.e.s impactent les élèves dans leur parcours et entravent leur créativité, ainsi que leur capacité à développer un langage artistique qui leur soit propre. Nous refusons d’être des produits mis à disposition des metteur.e.s en scène d’un réseau prédéfini.

Nous avons rapporté les commentaires dégradants et les discriminations tenus à répétition par des professeurs. On nous a répondu qu’il fallait les accepter parce qu’ils venaient de personnes qualifiées pour leur travail de coaching “que de toute manière ce serait pire dans le monde professionnel”.

Nous avons pointé du doigt le stress et la pression comme source de blessures, celles qui sont nommées: blessures de fatigue. On nous a répondu “qu’à l’époque c’était bien pire et qu’il fallait s’estimer heureux.euse d’être là”.

Ces commentaires, remarques et insultes touchent à nos corps et nous accompagnent par la suite dans tout notre parcours, à chaque fois que nous mettons un pied sur scène.

Quand on dit qu’on a mal, c’est qu’on a mal.
Quand on veut une deuxième parade, c’est qu’on a besoin d’une deuxième parade.
Quand on ne veut pas qu’on nous touche, c’est qu’on ne veut pas.
Quand on dit non, c’est non.

Nous dénonçons encore l’immobilité de la direction, des professeurs, des professionnel.le.s, du conseil d’administration et du ministère face aux déclarations de harcèlements et de discriminations au sein de l’établissement."

COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF BALANCE TON CIRQUE – 22 OCTOBRE 2021

"À l’attention des représentant·e·s de la presse et des médias, des directions des écoles de cirque professionnelles, de la FEDEC, du Ministère de la Culture et du Ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances.

Tout le monde le savait

Dans le cirque aussi “tout le monde le savait” (tribune parue dans Libération le 13 octobre 2021 – #MeTooThéâtre : après la libération de la parole, l’urgence des actes). Comme dans le reste du monde des arts vivants, le cirque est traversé par un mouvement de libération de la parole et d’organisation collective des victimes.

Aujourd’hui, nous, élèves et ancien·ne·s élèves des écoles de cirque professionnelles refusons de continuer à nous taire et à réciter la leçon des bon·ne·s élèves prêt·e·s à tout pour défendre nos places difficilement obtenues dans des écoles de prestige.

Le milieu des écoles de cirque fonctionne à huis clos. Nous, élèves, dépendons fortement des professeur·e·s et des réseaux de copinages (majoritairement constitués d’hommes de la même génération) des direct·eur·rice·s, des metteu·se·r·s en scènes, des programmateur·rice·s. Les professionnel·le·s auxquels nous sommes confronté·e·s durant nos formations sont souvent de potentiel·le·s employeu·r·se·s, et dans un monde où les mêmes personnes ne cessent de se recroiser pendant des années, il est d’autant plus difficile d’élever la voix pour les victimes.

En école de cirque, il faut constamment dépasser ses limites. La combinaison entre pratique sportive de haut niveau et métier de la scène nous expose doublement aux pressions, aux discriminations et aux abus. Elle nous rend aussi particulièrement dépendant·e des professionnel·le·s qui nous entourent. Dans la majorité des établissements, les cours sont principalement individuels, c’est une chance certes, mais c’est aussi un enfer lorsque le·la professeur·e (qui cumule parfois un mandat de direction) est un·e agresseu·r·se. Les professeur·e·s de cirque ont un rôle très particulier en comparaison au théâtre ou à la danse : en plus de leur rôle d’enseignant, iels effectuent les gestes de protection nécessaires pour éviter les mauvaises chutes. C’est ce qu’on appelle “parade”. Elles s’effectuent parfois directement avec les mains ou le corps de l’enseignant·e, ou bien par l’intermédiaire d’une longe et d’une ceinture, ou encore d’un tapis de chute. Cette relation professeur·e / élève spécifique au cirque nécessite un encadrement spécifique au cirque.

Alors que “tout le monde savait” aucune sanction n’a été à la hauteur. Les mesures misent en place jusqu’à aujourd’hui dans les écoles de cirque professionnelles n’ont pas mis fin aux violences systémiques et structurelles dont nous sommes victimes. De plus, jusqu’alors les affaires, dont certaines menées en justice, ont systématiquement été étouffées en interne sans grand remaniement dans les hiérarchies en place.  

Alors que “tout le monde savait“, ils et elles, responsables, détenteur·rice·s de l’autorité, référent·e·s, n’ont rien fait. Nous interpellons aujourd’hui la Fédération Européenne des Ecoles de Cirque Professionnelles, ainsi que, en France, le Ministère de la Culture et le Ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances."

➡️ Lire la suite du communiqué sur le site de Balance ton cirque

➡️ Lire l’article « Que pouvons-nous, dans le monde du cirque, apprendre du mouvement #MeToo ? »